La peur de la différence

L’approche affective et intelligente des bêtes sauvages ou domestiques recrée en chacun l’alliance originelle avec une animalité fondamentale.

En nous sommeillent dans la grâce du vivant le serpent, le loup, l’oiseau, la vache, le rat et l’arche universelle des créatures dont la nature humaine est née et a tenté de se dégager peu à peu.

Et au lieu de les reconnaître et de les connaître mieux afin d’en assumer le dépassement, nous les redoutons et les méprisons avec un sentiment coupable qui nous les fait haïr et nous haïr dans le même temps.

Plus l’homme de l’exploitation est fasciné par leur liberté à l’état brut, plus il s’acharne à les détruire comme une faiblesse à dominer, de peur qu’elle ne le domine.

Misère de la volonté de puissance.

Ainsi, la haine, la peur et la pitié que nous éprouvons envers les animaux, nous l’éprouvons pour nous-mêmes.

Nous avons su être pires que des bêtes en justifiant par l’esprit les massacres de l’histoire et l’absurdité de la survie ordinaire, et jusqu’au remords qui s’y attache.

Et nous voici désormais leurs égales dans un univers concentrationnaire où moutons, vaches, porcs, poules cherchent à parer, par la folie et par la mort, au sort qui leur est fait.

Raoul Vaneigem ( 1932, écrivain belge)

 

 

 

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